La définition légale de l'agissement sexiste

L'article L1142-2-1 du Code du travail, introduit par la loi du 17 août 2015, pose une définition claire :

Trois éléments composent l'agissement sexiste : (1) un acte (parole, geste, écrit, comportement) ; (2) lié au sexe de la personne (femme, homme, identité de genre) ; (3) qui produit un effet portant atteinte à la dignité ou créant un environnement hostile.

L'agissement sexiste se distingue du harcèlement sexuel (article L1153-1, qui exige une connotation sexuelle ou la recherche d'un acte sexuel) et du harcèlement moral (article L1152-1, qui exige répétition et dégradation des conditions de travail). Les frontières peuvent se cumuler : un même fait peut relever de plusieurs qualifications. Une avocate identifie tous les fondements pour maximiser le dossier.

Les formes concrètes du sexisme au travail

Le sexisme au travail prend des formes très variées, parfois ouvertes, parfois insidieuses :

Le sexisme verbal

  • remarques sur le physique, la tenue, le maquillage, la coiffure ;
  • « compliments » ambigus (« vous êtes belle quand vous êtes en colère ») ;
  • surnoms condescendants (« ma belle », « ma jolie », « la chef ») ;
  • blagues sexistes, « humour » sur le genre, allusions ;
  • commentaires sur la maternité (« vous allez encore vouloir un enfant »), le projet familial, la disponibilité ;
  • interruption systématique en réunion, attribution à un homme des idées formulées par une femme.

Le sexisme comportemental

  • exclusion implicite des discussions stratégiques, des décisions, des projets visibles ;
  • infantilisation : on ne vous explique pas, on ne vous demande pas, on décide pour vous ;
  • attribution systématique de tâches « féminines » (prises de notes, gestion logistique, organisation des pots) ;
  • refus implicite de prendre au sérieux les compétences techniques ;
  • climat de séduction subi, regards insistants, proximité physique non sollicitée.

Le sexisme institutionnel

  • écarts salariaux non justifiés ;
  • blocage à l'évolution de carrière (plafond de verre) ;
  • évaluations annuelles défavorables après un congé maternité ;
  • refus de promotions, de formations, de mobilité ;
  • politique RH discriminatoire dans les faits.

Aucun de ces éléments ne se règle « avec un peu d'humour ». Tous peuvent être qualifiés juridiquement et faire l'objet de recours.

Le cadre juridique élargi

Plusieurs textes convergent pour protéger les salariées exposées au sexisme :

  • Article L1142-2-1 : interdiction des agissements sexistes ;
  • Article L1142-1 : interdiction de discriminer en matière d'embauche, de rémunération, de formation, de promotion à raison du sexe ;
  • Article L1132-1 : non-discrimination plus largement (sexe, identité de genre, situation familiale, grossesse) ;
  • Article L1153-1 : harcèlement sexuel (propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste) ;
  • Article L1152-1 : harcèlement moral (lorsque les agissements sexistes répétés dégradent les conditions de travail) ;
  • Article L4121-1 : obligation de sécurité de l'employeur, y compris en matière de prévention du sexisme ;
  • Article 222-33 du Code pénal : sanctions pénales du harcèlement sexuel ;
  • Article 222-33-1-1 du Code pénal : outrage sexiste et sexuel.

Cette pluralité de fondements est un atout majeur. Un dossier de sexisme peut cumuler trois ou quatre fondements, ce qui multiplie les indemnités atteignables.

Les preuves à rassembler

Le sexisme laisse des traces si l'on sait les conserver :

  • Mails et SMS contenant des remarques sexistes, des allusions, des « blagues » ;
  • Comptes rendus de réunion qui révèlent l'attribution genrée des tâches ;
  • Évaluations annuelles mentionnant des critères genrés (« comportement », « tenue », « disponibilité ») ;
  • Témoignages de collègues, anciens collègues, prestataires (attestations) ;
  • Vos écrits personnels : chronologie des faits, mains courantes ;
  • Plaintes ou signalements antérieurs à l'employeur, au CSE, au référent harcèlement ;
  • Enregistrements éventuels, à utiliser avec prudence (recevables sous conditions depuis Cass. Ass. plén. 22 décembre 2023) ;
  • Données objectives : organigramme, répartition des postes par genre, statistiques internes, index égalité.

Un témoignage isolé d'un fait isolé est rarement décisif. Mais une chronologie de plusieurs mois, mêlant plusieurs auteurs et plusieurs types d'agissements, transforme un sentiment subjectif en dossier juridiquement consistant.

Les recours possibles

Plusieurs voies sont ouvertes, à articuler selon votre objectif :

  • Signalement à l'employeur (courrier recommandé), au référent harcèlement de l'entreprise (obligatoire à partir de 11 salariés depuis 2019) et au CSE ;
  • Saisine du Défenseur des droits ;
  • Action devant le conseil de prud'hommes : dommages-intérêts, résiliation judiciaire, nullité d'un licenciement ou d'une sanction discriminatoire, manquement à l'obligation de sécurité ;
  • Plainte pénale en cas de harcèlement sexuel ou d'outrage sexiste (articles 222-33 et 222-33-1-1 du Code pénal) ;
  • Signalement à l'inspection du travail.

Les indemnités possibles cumulent souvent plusieurs chefs : dommages-intérêts pour discrimination, pour harcèlement, pour manquement à l'obligation de sécurité, pour préjudice moral, indemnités majorées en cas de licenciement nul (minimum 6 mois de salaire), rappel de salaire en cas d'inégalité salariale liée au sexe. Le total peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Pourquoi l'avocate est décisive

Les dossiers de sexisme se heurtent à une difficulté propre : la banalisation. Beaucoup d'employeurs (et de juges, d'ailleurs) ont tendance à minimiser les agissements sexistes lorsqu'ils ne sont pas spectaculaires. C'est précisément contre cette banalisation que l'avocate joue un rôle essentiel :

  • elle qualifie les faits avec précision, en utilisant les bons fondements juridiques ;
  • elle contextualise les agissements isolés dans un schéma global de sexisme institutionnel ou comportemental ;
  • elle cumule les fondements (sexisme, harcèlement, discrimination, obligation de sécurité) pour maximiser l'indemnisation ;
  • elle rédige le courrier de signalement à l'employeur avec la bonne tonalité — assez ferme pour produire effet, sans exposer à une procédure pour dénonciation calomnieuse ;
  • elle négocie ou plaide en intégrant la jurisprudence la plus récente.

Dans des dossiers récents, des salariées ont obtenu, après accompagnement, des indemnités totales de plusieurs dizaines de milliers d'euros, parfois plus, là où une démarche seule n'aurait abouti à rien. Ne minimisez pas votre situation : le sexisme se prouve, se qualifie et se sanctionne.

FAQ — Questions frequentes

Mon employeur me dit que ce sont des « blagues » et que je dois « avoir de l'humour ». Est-ce une défense valable ?expand_more
Non. La loi définit l'agissement sexiste par son effet, pas par l'intention. Même présenté comme une plaisanterie, un comportement qui porte atteinte à la dignité ou crée un environnement hostile est sanctionnable. La Cour de cassation est claire sur ce point.
Et si l'auteur est mon supérieur ? Mon collègue ? Un client ?expand_more
L'employeur est tenu de prévenir et de faire cesser les agissements, quels que soient les auteurs. Sa responsabilité est engagée dès lors qu'il est informé et n'agit pas, y compris pour des comportements de clients ou prestataires.
Le règlement intérieur de mon entreprise n'évoque pas le sexisme. Cela change-t-il quelque chose ?expand_more
Depuis 2019, les entreprises d'au moins 11 salariés doivent désigner un référent harcèlement et inclure les agissements sexistes dans leur règlement intérieur. L'absence de ces dispositions est elle-même un manquement de l'employeur, qui renforce votre position.
Puis-je être protégée si je dénonce du sexisme ?expand_more
Oui. Les articles L1142-2-1, L1132-3 et L1153-3 protègent toute personne qui signale ou témoigne de bonne foi d'agissements sexistes, discriminatoires ou de harcèlement sexuel. Toute sanction en représailles est nulle.
Faut-il quitter l'entreprise pour engager une action ?expand_more
Pas nécessairement. Vous pouvez engager une action en réparation tout en restant salariée. Une consultation chez une avocate permet d'évaluer si la situation est tenable, ou s'il vaut mieux préparer une sortie négociée.

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Sources officielles

Cabinet Sitri Avocat — Maitre Virginie Sitri

73 rue Saint-Jacques, 13006 Marseille — Marseille, Toulon, Arles

06 98 53 81 75 — 9h a 19h du lundi au vendredi

Cet article a une vocation informative. Premier entretien : 150 euros. Une convention d honoraires sera proposee apres etude du dossier.