La protection légale spécifique à la grossesse et à la maternité

Plusieurs articles convergent pour interdire la discrimination liée à la grossesse :

  • Article L1132-1 : interdiction générale de discrimination, dont la grossesse fait partie des critères protégés depuis 2008 ;
  • Article L1142-1 : interdiction de discriminer en matière d'embauche, de rémunération, de formation, d'affectation, de qualification, de classification, de promotion à raison du sexe ou de la situation de famille ;
  • Article L1225-1 : interdiction faite à l'employeur de prendre en considération l'état de grossesse pour refuser d'embaucher, pour résilier le contrat pendant la période d'essai, ou pour prononcer une mutation ;
  • Article L1225-2 : interdiction de chercher à obtenir des informations sur la grossesse ou la maternité au moment de l'embauche ;
  • Article L1225-3 : la candidate n'a pas à révéler sa grossesse au moment de l'embauche.

Pénalement, la discrimination est punie de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (articles 225-1 à 225-2 du Code pénal). En matière d'emploi, les peines sont aggravées.

Les formes courantes de discrimination

À l'embauche

  • questions sur le projet d'enfant en entretien (interdites par l'article L1221-6 et L1225-2) ;
  • refus d'embauche après l'annonce d'une grossesse ;
  • retrait soudain d'une promesse d'embauche après l'annonce ;
  • refus de signer un CDI prévu, fin abrupte de la période d'essai dès l'annonce.

Pendant la grossesse

  • retrait de missions, retrait de responsabilités ;
  • refus d'augmentation de salaire ou de prime ;
  • refus de promotion, blocage de carrière ;
  • refus de formation, de mobilité ;
  • commentaires sur l'avenir professionnel, sur la disponibilité supposée ;
  • refus d'aménagement de poste pourtant préconisé par le médecin du travail.

À l'annonce du congé maternité

  • proposition de rupture conventionnelle peu avantageuse ;
  • menace de licenciement « pour la rentrée » ;
  • changement d'organisation pour préparer une mise à l'écart.

Au retour de congé maternité

  • retour dans un poste dégradé, contraire à l'article L1225-25 ;
  • refus de versement du complément conventionnel ;
  • retrait d'avantages (primes, intéressement, bonus) ;
  • évaluations soudainement défavorables ;
  • licenciement intervenu dans les mois suivants.

La règle de preuve : un partage favorable à la salariée

Comme pour toute discrimination, vous présentez des éléments laissant supposer la discrimination, et c'est ensuite à l'employeur de démontrer que sa décision est fondée sur des éléments objectifs étrangers à la grossesse. C'est l'article L1134-1 qui s'applique.

Les éléments classiques que vous pouvez présenter :

  • Chronologie : la date de l'annonce de la grossesse rapprochée de la décision défavorable est l'indice le plus fort ;
  • Comparaisons avec des collègues non concernés par une grossesse et traités différemment ;
  • Mails ou propos qui révèlent la prise en compte de la grossesse dans la décision ;
  • Témoignages de collègues, RH, anciens collègues ;
  • Évaluations antérieures positives qui contrastent avec la décision défavorable ;
  • Refus de l'employeur de fournir des explications, ou explications incohérentes.

L'avocate connaît précisément les éléments à présenter et les arguments adverses à anticiper. C'est un domaine où le savoir-faire technique fait la différence.

Les recours possibles

Plusieurs voies sont ouvertes, selon votre situation :

  • Saisine du Défenseur des droits : autorité administrative indépendante qui peut enquêter et formuler des recommandations qui pèsent lourd ensuite.
  • Saisine de l'inspection du travail, qui peut enquêter et dresser procès-verbal.
  • Saisine du CSE et du référent harcèlement.
  • Action devant le conseil de prud'hommes :
    • nullité d'un licenciement, d'une sanction, d'une décision discriminatoire ;
    • dommages-intérêts pour discrimination, préjudice moral, atteinte à la dignité, préjudice de carrière ;
    • rappel de salaire en cas de discrimination salariale ;
    • réintégration dans le poste ou l'échelon correct.
  • Plainte pénale sur le fondement des articles 225-1 à 225-2 du Code pénal.

Délai pour agir devant les prud'hommes : 5 ans à compter de la révélation de la discrimination (article L1134-5 du Code du travail). C'est l'un des délais les plus longs du droit du travail.

Pourquoi l'avocate est décisive dans ces dossiers

Les dossiers de discrimination liée à la grossesse ont trois particularités qui rendent l'accompagnement par une avocate essentiel :

  • La fenêtre de protection est étendue (grossesse + congé + 10 semaines + jurisprudence sur les mois suivants). Connaître exactement où vous vous situez détermine la voie procédurale.
  • Les indemnités sont substantielles : nullité du licenciement avec indemnité minimum 6 mois de salaire (article L1235-3-1), dommages-intérêts distincts pour discrimination, rappels de salaire éventuels, indemnité spéciale au titre de la période de protection.
  • La négociation aboutit fréquemment : la position juridique de la salariée enceinte ou jeune mère est tellement forte que les employeurs préfèrent souvent négocier qu'aller au procès. Encore faut-il savoir cadrer la négociation.

Dans des dossiers récents, des salariées ont obtenu des indemnités totales de 30 000 à 150 000 € après accompagnement, là où elles seraient parties sans rien sans avocate. Ne sous-estimez pas l'enjeu de votre situation.

FAQ — Questions frequentes

Dois-je révéler ma grossesse en entretien d'embauche ?expand_more
Non. L'article L1225-3 du Code du travail vous dispense expressément d'informer un employeur potentiel de votre grossesse. Cacher cette information n'est pas un mensonge, c'est l'exercice d'un droit.
Mon CDD ne sera pas renouvelé après l'annonce de ma grossesse. Que faire ?expand_more
Le non-renouvellement d'un CDD pour cause de grossesse est une discrimination interdite (article L1132-1) et peut être contesté. Vous pouvez réclamer des dommages-intérêts et, dans certains cas, la requalification de la rupture en licenciement nul. Une avocate examine la consistance des arguments de l'employeur.
Et si je n'ai pas de preuve écrite, seulement un sentiment de différence de traitement ?expand_more
La règle de partage de la charge de la preuve joue en votre faveur. Vous présentez des éléments même indirects (chronologie, comparaisons, témoignages) et l'employeur doit démontrer le contraire. Une avocate sait identifier les preuves utiles que vous ne soupçonnez pas.
Combien de temps pour engager une action ?expand_more
5 ans à compter de la révélation de la discrimination (article L1134-5). C'est l'un des délais les plus longs du droit du travail.
Que puis-je espérer comme indemnités ?expand_more
Très variable selon la situation : dommages-intérêts de 5 000 à 50 000 € pour discrimination simple, indemnités majorées de licenciement nul (minimum 6 mois de salaire), rappels de salaire éventuels, indemnité spéciale au titre de la période de protection. Le total peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.

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Sources officielles

Cabinet Sitri Avocat — Maitre Virginie Sitri

73 rue Saint-Jacques, 13006 Marseille — Marseille, Toulon, Arles

06 98 53 81 75 — 9h a 19h du lundi au vendredi

Cet article a une vocation informative. Premier entretien : 150 euros. Une convention d honoraires sera proposee apres etude du dossier.